meuse
adieu

 

Adieu, Meuse endormeuse et douce à mon enfance,

Qui demeures aux prés, où tu coules tout bas.

Meuse, adieu: j'ai déjà commencé ma partance

En des pays nouveaux où tu ne coules pas.

 

Voici que je men vais en des pays nouveaux;

Je ferai la bataille et passerai les fleuves;

Je m'en vais m'essayer à de nouveaux travaux,

Je m'en vais commencer là-bas les tâches neuves.

 

Et pendant ce temps-là, Meuse ingorante et douce,

Tu couleras toujours, passante accoutumée,

Dans la vallée heureuse où l'herbe vive pousse,

Ô Meuse inépuisable et que j'avais aimée

 

Meuse qui ne sais rien de la souffrance humaine,

Ô Meuse inaltérable et douce à toute enfance,


Ô toi qui ne sais pas l'émoi de la partance,

Toi qui passes toujours et qui ne pars jamais,

Ô toi qui ne sais rien de nos mensonges faux,

Ô Meuse inaltérable, ô Meuse que j'aimais,

 

Quand reviendrai-je ici filer encor la laine?

Quand verrai-je tes flots qui passent par chez nous?

Quand nous reverrons-nous? Et nous reverrons-nous?

Meuse que j'aime encore, ô ma Meuse que j'aime...

Charles Péguy
extrait "Le mystère de Jeanne D'Arc"

 

Voici quelques vers d'un poète et homme politique namurois
assassiné en 1944 par les SS.
Qu'il revive quelques instants par ces quelques mots!

"O Meuse, mon pays, mon doux pays, ô Meuse,

Je t'aime pour ce qui te fait ce que tu es.

Pour chaque matinée à l'écharpe brumeuse

Où dans le brouillard bleu, chaque jour tu renais.

François Bovesse

 

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