

Je
suis
née dans une ferme et l'été, j'avais la tâche de m'occuper du potager
et d'aller aux petits fruits pour les confitures que maman préparait pour
toute l'année.
Pour aller aux bleuets, nous traversions le champ de culture et nous marchions
encore un demi km dans la forêt pour atteindre notre but, les montagnes
que l'on surnommait: la Petite, qui était aussi la plus près, la Deuxième,
et la Troisième.
J'avais
onze ans, lorsqu'un jour , incitée par un temps superbe, j'ai décidé de
me rendre jusqu'à la Deuxième, territoire un peu plus hasardeux puisque
c'était aussi celui des ours.
J'emmenais mon petit frère François, agé de huit ans. Malgré sa nature
craintive, il me suivait volontiers, peut-être à cause de mon assurance
et de mon audace.
J'avais pris l'habitude de chanter ou de parler fort en marchant dans
le bois pour avertir de ma présence et ne pas surprendre les fameux ours.
Ce
jour là , peu après avoir traversé la Petite, j'aperçois un ours ou plutôt
une maman ours avec ses deux petits. J'avoue que je n'ai pas pris le temps
d'admirer cette vision ! Je savais que crier ne pouvait pas la faire fuir.
Elle était à peu près à cent pieds de nous. Je laissais les paniers sur
place, agrippa mon frère et me mis à courir sans oser regarder en direction
des ours. Malheureusement, mon frère les aperçus, je l'ai senti faiblir
et j'ai dû le porter. Je ne sais pas s'il a perdu conscience, je me préoccupais
de sortir du bois le plus tôt possible. Ma peur a dû décupler mes forces
car j'étais toute petite. Je me souviens d'avoir eu davantage de craintes
pour mon frère, je pensais à ma mère et la responsabilité que j'avais
prise en l'emmenant si loin !
Les ours nous ont suivis, toujours à la même distance en parallèle avec
nous.
J'étais épuisée lorsque je suis arrivée au
champ, mais l'adrénaline n'a pas baissé jusqu'à ce que je sois sûre que
nous étions hors de danger.
Mon frère a reprit suffisamment ses couleurs pour raconter notre aventure
à maman. Devant mon calme apparent, maman a banalisé l'incident et je
n'ai pas été grondée.
Par la suite, j' ai eu l'occasion d'entendre la présence d'un ours à quelques
reprises, mais j'étais toujours accompagnée de mon chien !
Jovie