
Loin des grands
rochers noirs que baise la marée,
La mer calme, la
mer au murmure endormeur,
Au large, tout là-bas, lente s'est retirée.
Et son sanglot d'amour dans l'air du
soir se meurt.
La mer fauve, la mer vierge, la mer sauvage,
Au profond de son lit de nacre inviolé
Redescend, pour dormir, loin, bien loin
du rivage,
Sous le seul regard pur du doux ciel
étoilé.
La mer aime le ciel : c'est pour mieux
lui redire,
À l'écart, en secret, son immense tourment,
Que la fauve amoureuse, au large se retire,
Dans son lit de corail, d'ambre et de
diamant.
Et la brise n'apporte à la terre jalouse,
Qu'un souffle chuchoteur, vague, délicieux
:
L'âme des océans frémit comme une épouse
Sous le chaste baiser des impassibles
cieux.
Nérée Beauchemin
Poète québécois (1850-1931)