lalune

titre

 

 

Sous les plafonds que sur la terre

minuit ajuste avec crampons d'or,

tu voyages, par le soir morts,

oeil morne et sans paupières.

 

Œil pour le pôle et le désert

où la chaleur ressemble au gel,

où le silence comme secel

ferme les lèvres de la mer.

 

Œil projeté de haut en bas

sur les peuplades taciturnes,

qui bâtirent leurs sphinx nocturnes

avec les blocs que tu fixas.

 

Œil qui casses ta clarté ronde

comme un cristal contre les dalles,

que font les vagues colossales

sur les plages.au bout du monde.

Œil d'immémorial ennui,

éclatant et livide,

que le temps sculpte au front du vide,

dans le visage de la nuit.

 

Œil si vieux que la terre oublie,

monotone, depuis quel jour,

montone, tu fais le tour,

de sa mélancolie.

 

Œil chauve et que l'on sait béant

parmi les ombres claire,

lorsque, l'hiver, tu les éclaires

avec ta mort et ton néant

 

Œil hostile des firmaments

qui travailles, sans nulle peur,

à la folie et la terreur

des poètes et des amants.

Émile Verhaerean
poète français (1855-1916)

Photographie Pierre-Paule Feyte

Création ©Jovie 2008

Accueil/ Sommaire/ Suivant