avant la nuit

 

La vieille horloge bat dans la chambre prochaine :
C'est comme un cœur fiévreux qui saute dans le mur…
Parfois l'heure, à grand bruit de poulie et de chaîne
Fait gémir au plafond les solives de chêne ;
Dans les carreaux recule et s'efface l'azur.

Le vent plus frais du soir a poussé la fenêtre
Où l'étoile s'allume au loin dans le ciel vert ;
La désolation de l'Occident pénètre
Dans la maison qui meurt de tristesse ; et peut-être
Son âme va s'enfuir par le battant ouvert ;

Sa grande âme innombrable, inquiète ou sereine,
L'âme éparse à jamais sous le toit familier
De ceux qui tour à tour, loin de la foule humaine,
Ont fait un doux refuge à leur joie, à leur peine,
Entre les mêmes murs, près du même foyer ;

L'âme de la maison qui flotte dans l'air sombre,
Qui rit joyeuse aux feux de l'âtre rouge et noir,
Qui danse à l'aube avec les atomes sans nombre,
Qui fait craquer, quand vient la nuit, dans les coins d'ombre,
Les meubles fatigués de silence et de soir…


Fernand Greg

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